Une expérience traumatisante au niveau individuel et collectif

Nous vivons une rupture à l’échelle planétaire dans tous les domaines de notre existence, du point de vue personnel, familial, professionnel. C’est un phénomène inédit mais contrairement à ce que dit le Président de la république nous ne sommes pas en guerre. Certes, les soignants vivent une situation de médecine de guerre et font preuve d’un dévouement et de sacrifices qui rappellent la guerre. Pour autant, ce n’est pas la guerre : nous pouvons continuer à nous nourrir et nous sommes pour la plupart (pas tous hélas !) en sécurité dans nos appartements.

Mais, cette expérience de confinement et d’enfermement est traumatisante qui s’apparente à l’emprisonnement. Nous subissons en ce moment un traumatisme collectif que nous aurons du mal à dépasser et qu’il faudra traiter. Dorénavant, il nous faudra vivre avec cette incertitude.

Mais cette crise porte aussi des potentialités

10000000000003200000025884a18e6b-3.jpgComme Cynthia Fleury [1] nous le disait sur France inter le 26 mars 2020, elle réactive « les grands archaïsmes » mais en même temps elle peut être un potentiel de résilience. Il faudrait, d’après elle, saisir ce moment pour remettre en cause ce qui peut changer dans nos modes de vie au niveau personnel et au niveau collectif : « l’idéologie mondiale de la performance » et « le déni des vulnérabilités [2] » que la société fabrique mais aussi celles qui font partie de l’humain. Nous en savons quelque chose nous, retraité-e-s et personnes âgées, qui ne sommes pas reconnu-e-s dans la société comme des citoyens à part entière et que l’on traite comme des « victimes » à la charge de la société  parce que nous n’assurons plus un emploi et perdons petit à petit certaines capacités psychomotrices voire cognitives. Ces vulnérabilités sont renforcées par des choix politiques qui portent en eux une vision erronée de ce qu’est l’autonomie qui, avec le soin, au contraire doit impliquer l’interdépendance respectueuse, et réciproque et non l’assistance. C’est effectivement quand nous sortirons de cette expérience ce que nous devrons porter notamment à travers la nécessaire loi sur la perte d ‘autonomie si elle est remise à l’ordre du jour.

Reconnaître celles et ceux « qui ne sont rien »

Cynthia Fleury considère le « soin » [3] au sens large du terme et ne le résume pas au seul travail des soignants mais aussi à l’activité de toutes celles (surtout !) et tous ceux qui assurent les besoins de l’ensemble de la population (caissières, éboueurs, chauffeurs de poids lourds, aides à domicile, livreurs, postiers…). Et avec la pandémie, cette notion prend tout son sens. Alors qu’on considère le soin, d’habitude, comme « superfétatoire » et ses acteurs comme « invisibles », chacun peut voir concrètement qu’il est essentiel et quelle est la vraie place de ces acteurs, porteurs de l’intérêt général, dans la société.

Cette « élite de la base » [4] représente le fondement même de la démocratie, de la solidarité. Elle nous permet aujourd’hui de conserver l’espoir que nous allons sortir de cette crise. Nous souhaitons que personne ne l’oublie et notamment pas ceux qui nous gouvernent, qui hier portaient atteinte à sa dignité en la qualifiant de « gens qui ne sont rien »[5].

Mais, une fois de plus,même si cette crise peut permettre de réviser les priorités et de refonder la société sur des valeurs de la République, liberté, égalité et fraternité en y ajoutant la solidarité, il faudra alors que « cette élite de la base », et nous avec elle, nous fassions entendre.

Dominique Balducci

[1] Philosophe et Psychanalyste, Titulaire de la Chaire « Humanités et Santé » au CNAM
[2] Définition de la vulnérabilité : fragilité de l’existence humaine face à la maladie, à des événements personnels (deuil, divorce…) ou socio-économiques (chômage, licenciement…)
[3] Cynthia Fleury : « Le soin est un humanisme » Tract Gallimard 2019
[4] Cynthia Fleury « La fin du courage » Fayard (2010) ou Livre de Poche (2011)
[5] Discours d’Emmnanuel Macron le 29 juin 2017


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