Face aux bilans de santé proposés par la Sécu, gratuits mais sous-utilisés, des startups comme Zoï commercialisent un protocole fourni (37 examens, 200 marqueurs, cadre luxueux, collations d’A. Ducasse, suivi sur un an, via une application). Le tout pour 3 600€/an, à la charge du client – pardon – du patient.

Privatisation de la prévention

A la tête de Zoï, se trouvent des profils tech, des financiers – dont un ancien conseiller de E. Macron (Ismaël Emelien, qui, après avoir œuvré au financement de la campagne du président, a levé 20 millions pour lancer Zoï), des spécialistes comme J. Salomon, ancien directeur général de la Santé.

Les données collectées lors de ces bilans alimentent les algorithmes développés par l’entreprise, qui élaborent un parcours personnalisé (sommeil, nutrition, activité, traitements…).

Exemple type d’une santé à plusieurs vitesses, où les cadres sup. sont ciblés par des structures sans pénurie de médecins ni de personnels, bénéficiant de technologies sophistiquées, et d’un marketing jouant sur la peur de tomber malade, alors que le système public (dont la médecine du travail – dite de prévention chez les fonctionnaires) crie à l’asphyxie.

Les bilans de prévention proposés par l’Assurance maladie

  • Un Examen de Prévention en Santé

Lien => https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F170?utm_source=chatgpt.com

Il peine à toucher en amont et systématiquement les publics prioritaires, précaires, éloignés du système de soins. En effet, la gratuité ne résout ni le déficit d’information, ni la distance avec le système de santé, ni l’absence de suivi après le bilan.

  • Mon bilan prévention, à quatre étapes de la vie, notamment à 60-65 ans et 70-75 ans, sur des thématiques de prévention prioritaires selon la Haute Autorité de la Santé.

Lien => https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A17677?utm_source=chatgpt.com

Le programme ICOPE * de l‘ OMS

Il préconise de repérer à partir de 60 ans les premiers signes de fragilité dans six grandes fonctions, essentielles au maintien de l’autonomie.

Lien => https://solidarites.gouv.fr/sites/solidarite/files/2025-08/Flyer-A4-Programme-ICOPE-2025.pdf
Lien => https://www.sante.fr/programme-icope-recherche-par-departement?Departement=202923

Le ciblage priorise les seniors à risque – vulnérabilité sociale, comorbidités – et pas uniquement les CSP+ urbains. Dans les faits, le programme manque de visibilité grand public, et les diverses phases peinent à se mettre en place. Pourtant ICOPE apporte gratuité, ancrage territorial, ciblage des plus fragiles, mais dépend de moyens suffisants.

Pour les publics âgés vulnérables cumulant précarité, logement inadapté, problèmes de transport, accès aux soins compliqué, faire un bilan de prévention n’est malheureusement pas toujours prioritaire.

Notre santé publique, et notamment les gérontopôles, doivent disposer des moyens nécessaires pour proposer une prévention efficace, avec des dispositifs d’aller-vers, des parcours intégrés au soin primaire, des personnels en nombre suffisant et formés à la prévention, pour ne pas livrer à la Silver économie privée un marché de millions de seniors en quête légitime d’un parcours de prévention personnalisé et d’un suivi.

Il faut une volonté politique déterminée à défendre les intérêts de tous. Faute de quoi, l’EVSI (espérance de vie sans incapacité à 65 ans: 11,8 ans pour les femmes et 10,5 ans pour les hommes – chiffres Drees 2024) risque de stagner en raison d’une prévention publique sous-dimensionnée.

Marie-Brigitte Trutt

(* Integrated Care for Older People)

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