Quelles conditions pour vieillir en bonne santé ?
Construire la solidarité

L’organisation mondiale de la Santé (OMS) définit la santé comme un « état de complet bien-être physique, mental et social (qui) ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Cet objectif est loin d’être atteint notamment pour les retraité∙es.
En France, au 1er janvier 2025, 14,9 millions de personnes ont 65 ans et plus, soit 22 % de la population. Les gens vivent plus longtemps (85,6 ans pour les femmes, 80 ans pour les hommes) avec une espérance de vie sans incapacité de 77 ans pour les femmes et 75,5 pour les hommes en 2023. Mais les problèmes de santé s’aggravent souvent avec l’âge, d’autres surviennent (fragilité, chutes, états confusionnels etc.). Au-delà du phénomène biologique inéluctable, le vécu du vieillissement est aussi lié au départ à la retraite, au niveau de vie, à l’environnement social et familial…
L’accès à la santé
La santé coûte cher selon le COR : dépenses annuelles, 12 000 euros par an pour les 70 ans et plus avec un Reste à charge de 590 euros en moyenne (210 pour les moins de 40 ans). A cela s’ajoute le financement des assurances complémentaires santé dont le montant augmente fortement à la retraite.
Conséquences : l’augmentation du renoncement aux soins, bien dangereux pour toutes et tous.
Et la perte d’autonomie y compris à domicile coûte : le RAC est en moyenne de 89 euros par mois pour le GIR 1. Quant aux résident∙es, 61 % ne peuvent pas financer leur frais « de séjour » à partir de leurs seules pensions après recours à l’ASH1 : frais, en moyenne de 2 325 euros par mois en 2019 (hébergement + dépendance). Alors restent l’aide de la famille ou la vente du « patrimoine ».
Les retraité∙es le savent bien et se battent régulièrement pour la revalorisation de leurs pensions depuis des années dans le cadre du G9 : 3 retraité∙es sur dix déclarent avoir déjà renoncé à des soins.
Comment se soigner dans un contexte généralisé de déserts médicaux, de pénurie de spécialistes voire de généralistes ? 6 % des plus de 70 ans n’ont pas de médecins traitants. Quant à l’accès à l’hôpital public, c’est un défi ! Pourtant le taux de recours aux urgences des plus de 80 ans s’élève à 35 %.
Une vie sociale riche, élément indispensable pour prévenir la perte d’autonomie.
Toutes les études le montrent. Or le nombre de personnes âgées en situation de mort sociale (sans aucun lien avec la famille, amis, voisins…) a augmenté en 10 ans de plus de 150 % en moins de 10 ans. 750 000 personnes sont concernées2. Et la précarité financière aggrave encore l’isolement. Comment aussi accéder aux offres culturelles, à la salle de sports, aux services de première nécessité, aux établissements de soins sans service public de transport ?
Enfin, se sentir reconnu, écouté, suppose de créer les conditions d’une participation aux débats citoyens et aux instances consultatives.
Logement et alimentation sont également des facteurs de bonne santé
Pourtant, seuls 6 % des appartements sont adaptés, sans parler du manque d’équipements notamment au niveau thermique.
La lutte contre dénutrition pour une alimentation saine est essentielle. Mais cela aussi a un coût. Le plaisir de faire son marché par exemple suppose qu’on puisse s’y rendre et acheter ce qui fait plaisir.
Les progrès sont incontestables dans le domaine de la santé
On peut vivre plus longtemps mais souvent avec plus de vulnérabilités qui ne sont pas toutes inéluctables. Le rappel de nos revendications est indispensable. La réponse : un véritable service public de santé, des services publics de proximité, le remboursement des soins prescrits à 100% par la Sécu un niveau de vie satisfaisant et la lutte contre l’âgisme. Bref il s’agit de revenir au principe fondamental de la Sécurité sociale de 1945.
Marylène Cahouet
Pour en savoir plus
HCFEA: https://hcfea.gouv.fr/ (Rapport du conseil de l’age)
COR: https://www.cor-retraites.fr/ (rapport de février 2026)
Association des Directeurs au service des Personnes âgées : https://ad-pa.fr/
1ASH : Allocation Sociale Hébergement. A savoir : nombre de personnes éligibles n’y recourent pas car l’ASH est récupérable sur la succession !
2Cf La participation et la contribution économique et sociale des Seniors –
La vie militante ne s’arrête pas à la retraite ! Au contraire, les retraités du SNES-FSU participent activement aux mobilisations en cours (protection sociale, dépendance etc) et apportent leurs analyses à des dossiers intergénérationnels.
Contact enretraite@snes.edu